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La porte ouverte

(petite réflexion pour Samain)
L’Autre-Monde, les Autres Mondent
Force est de constater que, dans la tradition celtique, un certain flou prévaut quant à la nature et à l’emplacement de l’Autre-Monde (comme noyé dans nos brumes automnales). Les textes dépeignent celui-ci comme un lieu fondamentalement terrestre, quoique touché par le merveilleux. Bien souvent, il s’agit d’îles, terræ incognitæ, situées à l’ouest du territoire des vivants, mais qui sembleraient bien faire partie de notre planète, si l’on peut dire.
L’accès physique à ces lieux d’exception reste possible aux mortels moyennant l’intervention, ou du moins le bon gré, des divinités qui y président. Le temps ne semble pas aboli d’emblée, mais se déroulerait, en revanche, à une vitesse autre que chez nous.
Qui donc peuple ce site insolite ?
. Les Dieux et les Déesses. Ils peuvent se déplacer entre les mondes à volonté.
. Les Morts. Leur “existence” se meuble d’activités agréables semblables à celles qu’ils pratiquaient durant la vie. Ils ne vieillissent pas et sont devenus indestructibles. Pour eux, en revanche, le voyage est en principe sans retour.
. Les fées et des êtres surnaturels assimilables. Ce serait des divinités ou des races dominantes déchues.
Les textes ne semblant pas faire état d’une cohabitation directe de ces trois catégories, il faut conclure que l’Autre-Monde serait compartimenté, ou bien qu’il s’agirait en fait d’Autres Mondes, à l’instar de la tradition germanique, qui conçoit une pluralité de mondes, dont celui des vivants, tous suspendus aux branches de l’Arbre primordial, Yggdrasil.

Que sont les Morts ?
Nous savons bien évidemment qui ils sont, mais cerner leur nature et expliquer leur persistance, pose quelque part problème. Les textes restent muets à cet égard. La pensée celtisante, du moins la pensée contemporaine, tend à privilégier la thèse de la métempsycose—la transmigration de l’âme d’une existence physique à une autre (forme de vie ou éventuellement objet “inanimé”, en contradiction de termes). Et c’est là où le bât blesse, car comment, pour faire simple, être à la fois ici et ailleurs ? En effet, si le trépassé se réincarne, ne devrait-il pas aussitôt s’effacer de l’Autre-Monde ? Sauf si sa survie n’y était en somme que sous forme d’une sorte d’empreinte. Le monde des morts ne serait en ce cas qu’un vaste lieu d’archivage de toutes les vies (humaines, ou éventuellement …). Comment concevoir un endroit capable d’accommoder une telle foule ? Sauf si on imaginait, par exemple, les empreintes comme des entités à deux dimensions, auquel cas la place occupée deviendrait nulle. Pour résumer, le monde des Morts serait un Non Espace inscrit dans le Non Temps !
Les barrières et la perception.
Dans le cas général, nous sommes bien d’accord que l’Autre-Monde se trouve séparé du notre par une ou plusieurs barrières infranchissables pour les mortels (en sens “aller”) comme pour les Morts (en sens “retour”). Pour ces derniers, l’obstacle pourrait être inhérente à leur nature même, car incapables d’exister dans le temps, qui est banni pour eux, ni, d’ailleurs dans l’espace, car dépourvus de volume. Pour les humains, c’est plus compliqué. Mis à part l’aspect temporel déjà évoqué, on peut imaginer, en guise de barrière, l’existence d’espèces de limbes où les lois de la physique n’auraient plus cours et où les cinq sens reposant sur des capteurs appropriés installés dans nos corps, ne seraient subitement plus en mesure d’appréhender la réalité et de guider la démarche. Presque totalement dépendants, comme nous le sommes, nous avons du mal à nous représenter un tel état, qui aurait normalement pour conséquence de nous repousser vers notre milieu naturel. A cet égard, il est intéressant de remarquer qu’il existe des individus qui présentent une anomalie neurologique (erreur de “câblage”) qui fait que le signal émanant d’un des capteurs, une odeur par exemple, provoque aussi une autre perception, celle d’une couleur spécifique, par exemple.
Donc l’inefficacité des sens, et la confusion qui en résulterait, seraient une barrière quasi insurmontable.

La zone de Non Temps dans le calendrier celtique.
Nos ancêtres, dans leur grande sagesse, pour séparer chaque cycle du suivant, ont aménagé (ou plutôt su identifier) une zone de Non Temps. Cette zone, dont nous ne connaissons pas la durée exacte, permettait d’évacuer tout résidu du cycle précédent afin de bien préparer celui qui devait suivre. Mais cet intervalle possédait une autre vertu, celle justement d’atténuer, voire abolir, les barrières de séparation entre les mondes, les rendant franchissables dans les deux sens. Elle ouvre une Porte. Les entités hors du temps peuvent séjourner brièvement dans notre monde, se glissant par les interstices de la matière grâce à leur absence de masse, et nous, en nous affranchissant momentanément de notre temporalité et des contraintes de notre matérialité, pouvons gagner un aperçu du paysage au-delà. Ce qui se passe est une fertilisation réciproque des mondes qui, à nous, apporte connaissance et sagesse et, à eux—qui sait—un certain dynamique qui permet au système de s’entretenir.

Mémoire de l’Eau :
Le vent passe, léger, imperceptible, souffle unique d’une vie éphémère, effleurant la surface de l’étang du Temps, trouble un instant l’image, reflet d’un ciel impassible, qui vite se recompose. Se souvient-il ?
La Lithothérapie
Traitement de santé par les Minéraux et les Cristaux
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